Partager cette page sur Facebook
Nous avons 10 invités en ligne

Essor intellectuel

Les Juifs font de Kairouan, qui connaît une vive activité intellectuelle en matière d'études religieuses entre les IXe et XIe siècles, le centre juif le plus prospère d'Afrique du Nord sur les plans économiques et culturels. Entretenant des correspondances avec les communautés du pourtour méditerranéen, ils entretiennent des rapports privilégiés avec les académies talmudiques en Babylonie — auxquelles elles adressent des responsa aussi bien théologiques que philosophiques et historiques — et servent de relais culturel entre elles et les sages d'Espagne. De nombreuses figures de la cité ont marqué l'histoire de la pensée juive dans de nombreux domaines.
Parmi ceux-ci se trouve Isaac Israeli ben Salomon, médecin d'origine égyptienne qui s'installe en Ifriqiya vers 905 et exerce notamment comme médecin privé auprès de l'aghlabide Ziadet Allah III puis des fatimides Ubayd Allah al-Mahdi et Al-Qaim bi-Amr Allah. Il est l'auteur de divers traités en arabe portant sur les fièvres, les urines et les diètes générales et particulières. Ses travaux, largement diffusés dans le monde arabe, mais aussi traduits en hébreu et en latin par Constantin l'Africain pour l'école de médecine de Salerne, ont fortement enrichit la médecine médiévale. Il est aussi l'auteur d'ouvrages philosophiques, le Livre des Définitions ainsi que le Livre des Éléments, où il reprend les thèmes de l'école néoplatonicienne d'Alexandrie adaptés au dogme juif, faisant de lui le père du néoplatonisme juif. Son disciple, Dounash ibn Tamim, consacre à son tour un ouvrage de commentaires sur le Sefer Yetsirah où il développe des conceptions proches de la pensée de son maître. Dans le domaine religieux, de nombreux rabbins kairouanais s'illustrent et diffusent largement leurs pensées, participant aux échanges d'idées dans l'ensemble de la diaspora juive. Jacob ben Nissim ibn Shahin, à la tête de la communauté à la fin du Xe siècle, est le représentant officiel des académies talmudiques de Babylonie, exerçant les fonctions d'intermédiaire entre celles-ci et sa propre communauté.

Le savant Houshiel ben Elhanan arrivé d'Italie, qui avait ouvert une yechiva renommée à Kairouan, le remplace à sa mort comme chef de la communauté et développe l'étude simultanée du Talmud de Babylone et du Talmud de Jérusalem. Son fils et disciple, Hananel ben Houshiel, qui se référait, comme lui, aux deux textes, lui succède et devient l'un des plus grands savants juifs du Moyen Âge. Il rédige un important commentaire hébreu du Talmud babylonien et contribue par ses nombreux écrits à répandre cet enseignement en Afrique du Nord et en Europe. À sa mort, il est remplacé par un autre disciple de son père, Nissim ben Jacob, dont les principaux ouvrages sont une introduction au Talmud (Sefer mafteah manulei ha-Talmud) et un recueil de contes, Hibbur yafeh me ha-yeshuah, qui constitue peut-être le premier livre de contes de la littérature juive du Moyen Âge ; il est le seul parmi les sages de Kairouan à porter le titre de gaon. Shelomo Dov Goitein écrira à propos de cette période :
« À aucune époque, la science juive ne fut plus florissante à Kairouan et dans les autres villes de Tunisie qu'elle ne le fut dans la première moitié du XIe siècle [...] Pour aucune période nous ne connaissons un aussi grand nombre de responsa envoyées de Bagdad en Tunisie, et de si riches donations parties de Tunisie vers les yeshivot d'Irak et de Palestine que pendant les premières décennies de ce siècle. »
Sur le plan doctrinal, la communauté s'émancipe de l'exilarque de Bagdad au début du XIe siècle et se dote de son premier chef séculier.

 
News