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Nouveau statut et intégration économique

Avec la conquête arabe et l'arrivée de l'islam en Tunisie au VIIIe siècle, les « gens du livre » — terme désignant les juifs et les chrétiens — se voient soumis à un choix : la conversion, choix que font notamment certains Berbères judaïsés, ou la soumission à la dhimma ou pacte de protection. Comme les autres Juifs des pays islamiques, ceux d'Ifriqiya (nom pris par l'actuelle Tunisie) acquièrent le statut de dhimmis qui leur accorde le droit de pratiquer leur culte, de s'administrer selon leurs lois et de voir sauvegarder leurs vies et leurs biens. En contrepartie, ils doivent payer des impôts spécifiques — dont l'impôt de capitation (jizya) prélevé sur les seuls hommes libres et majeurs —, porter des vêtements spécifiques selon le principe de la distinction et ne pas construire de nouveaux lieux de culte. Aussi les Juifs ne peuvent-ils ni épouser de musulmanes — l'inverse reste possible —, ni pratiquer du prosélytisme et doivent-ils traiter les musulmans et l'islam avec respect et humilité, au risque de violer le pacte et de se faire expulsés voire mis à mort,. En réponse à cette nouvelle situation, les Juifs choisissent de s'insérer économiquement, culturellement et linguistiquement dans la société tout en conservant des particularités, notamment culturelles et religieuses. Même si l'arabisation des populations s'est faite lentement, le phénomène a été plus rapide en milieu urbain à la suite de l'arrivée de Juifs d'Orient dans le sillage des Arabes. Partout, les classes aisées s'assimilent sur le plan culturel et parlent, lisent et écrivent en arabe, probablement dès la fin du VIIIe siècle.
Sous le règne des dynasties aghlabides puis fatimides, les Juifs bénéficient de conditions de vie relativement clémentes[32]. La Guenizah du Caire, qui dresse un large portrait des communautés juives du bassin méditerranéen, permet de se faire une idée de l'état des communautés d'Ifriqiya entre 800 et 1150 : la dhimma semble alors appliquée avec souplesse, notamment pour ce qui concerne les restrictions vestimentaires. Leur influence se fait sentir dans l'administration du pays puisque des Juifs travaillent au service de la dynastie, en tant que trésoriers, médecins ou collecteurs d'impôts, mais leur situation reste précaire. Kairouan, ville fondée en 670 et devenue capitale des Aghlabides, voit immédiatement s'installer ce qui était sans doute la plus importante communauté du territoire, attirant des migrants de l'Espagne omeyyade, de l'Italie ou de l'empire abbasside. Au plan organisationnel, chaque communauté est placée sous l'autorité d'un conseil de notables dirigé par un chef (nagid), dont celui de Kairouan avait sans doute l'ascendant sur ceux des communautés de plus petite taille, et dispose par le biais des fidèles des ressources nécessaires à la bonne marche des diverses institutions : culte, écoles, tribunal dirigé par le rabbin-juge (dayyan), etc.
Insérés dans la vie économique, les Juifs participent grandement aux échanges avec Al-Andalus, l'Égypte ou encore le Proche-Orient et travaillent dans le souk qui leur est dédié. Regroupés dans un quartier — comme celui de la Hara à Tunis —, ils disposent d'une maison de prière, d'écoles et d'un tribunal. Les ports, comme Mahdia, Sousse, Sfax et Gabès, qui voient arriver un flux régulier d'immigrés juifs arrivant du Levant jusqu'à la fin du XIe siècle, voient aussi leurs communautés participer de cette dynamique d'échanges économiques et de développement intellectuel. Exerçant un monopole sur les métiers d'orfèvre et de joailler, elles travaillent aussi dans l'industrie textile, aux postes de tailleur, tanneur ou cordonnier, alors que les plus petites communautés rurales pratiquent l'agriculture (safran, henné, vigne, etc.) ou l'élevage pour celles qui sont nomades.

 
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