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Ruptures et évolutions

Les communautés se structurent sous l'autorité d'un chef de la « nation juive » portant le titre de hasar ve ha-tafsar, poste prestigieux et puissant regroupant à la fois la charge de caïd des Juifs (qâyd el yihûd) et celle de receveur général des finances placé sous l'autorité du trésorier du royaume (khaznadar). Intermédiaire entre le bey et sa communauté et bénéficiant donc d'entrées à la cour, il dispose d'un pouvoir bureaucratique très important sur ces coreligionnaires au sein desquels il répartit le paiement de la jizya — dont ils sont collectivement redevables — en fonction des ressources de chaque foyer. Il désigne aussi ceux qui se chargent des corvées imposées par les autorités.
Fermier d'État, entouré des notables parmi les plus fortunés et les plus instruits, il collecte aussi des taxes — dîme aumonière, taxe sur la viande kasher et offrandes des fidèles — permettant de payer ses services et ceux de ses adjoints mais aussi de payer les rabbins-juges et de financer le tribunal rabbinique — qui ne siège que dans les grandes villes sous la présidence du grand rabbin —, les synagogues, les écoles, l'abattoir rituel, le cimetière et la caisse de secours aux indigents et aux malades. Administrateur des affaires de la communauté, il désigne les chefs laïcs ou religieux locaux — avec l'approbation écrite des autorités tunisiennes — et leur donnent des grandes orientations. À partir du règne d'Ali I Bey (1735-1756), il occupe également la fonction de trésorier du bey et une grande partie des postes clés dans l'administration des finances — perception des impôts et droits de douane, ordonnancement des dépenses, maniement des espèces, tenu des livres de comptes ou paiement de la solde des janissaires — étaient occupés par des agents juifs.

 
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